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Ueli Frutiger, le père du service de pistes et de sauvetage moderne, part à la retraite

> Services > E-newsletters > SOS NEWS > 2-2018 > Ueli Frutiger, le père du service de pistes et de sauvetage moderne, part à la retraite
Ueli FrutigerUeli Frutiger lors d’une course comme guide de montagne (début des années 1980).  

Nul n’a jamais laissé son empreinte dans le monde de la sécurité et du sauvetage de nos montagnes aussi profondément qu’Ueli Frutiger. L’été dernier, le natif de Grindelwald a pris sa retraite ô combien méritée. C’est lui qui a monté le Service de conseil pour la sécurité de Remontées Mécaniques Suisses et qui le dirigeait depuis 2012. Avant cela, le guide de montagne de formation a dirigé le service de pistes et de sauvetage (SPS) des Jungfraubahnen pendant plus de vingt ans. La vie parfois dangereuse des chefs du SPS, ce qui a changé depuis quarante dans le domaine et ses expériences inoubliables, Ueli Frutiger nous en dévoile un aperçu dans une interview.


Ueli Frutiger, dans la branche, on dit souvent que les chefs du service de pistes et de sauvetage ont toujours un pied en prison.
Pas exactement en prison, on est plutôt devant les tribunaux. Lors d’un accident grave, la police est impliquée, ce qui met toute la machine en marche. En tant que chef du service de pistes et de sauvetage, j’ai enregistré en moyenne quelque 450 accidents par hiver. Par chance, je ne suis passé qu’une seule fois devant un tribunal. Sur le plan pénal, j’ai été acquitté; par contre, la procédure civile est toujours en cours après huit ans. Tout responsable de la sécurité dans un domaine skiable doit faire son travail en son âme et conscience et respecter les directives de la SKUS et celles de RMS, ce qu’on appelle l’obligation d’assurer la sécurité. C’est la meilleure manière de se tirer d’affaire si un accident doit faire l’objet d’une enquête.

T’es-tu déjà positionné en faveur de la sécurité et contre ton supérieur qui aurait souhaité des mesures de sécurité moins importantes?
Cela n’a jamais été nécessaire. Un directeur intelligent ne s’immisce pas dans les décisions sécuritaires de son chef du SPS.

Après vingt-trois ans à la tête du service de pistes et du sauvetage dans la région de la Jungfrau, tu as monté le service de conseil pour la sécurité chez RMS. Pourquoi?
J’étais déjà expert des descentes pour sports de neige à côté et j’étais frappé de voir à quel point le domaine technique était réglé et contrôlé. J’ai pensé qu’il serait bien qu’il en soit de même pour le service de pistes et de sauvetage. Je cherchais, d’une part, à éviter les accidents et, d’autre part, à aider les responsables du SPS en leur offrant des directives soigneusement élaborées selon lesquelles ils pourraient orienter leur travail et ainsi réduire les risques de devoir en découdre avec la justice.

Quelles ont été les grandes étapes de la naissance du service de conseil?
Il y a une quinzaine d’années, j’ai discuté de mon idée avec Fulvio Sartori, alors vice-directeur de RMS – un sacré défenseur des remontées mécaniques d’ailleurs! Il a porté le sujet dans les organes de RMS. Ensuite, je suis parti à la recherche de fonds auprès du bpa et de la SUVA. Ces deux institutions et Swiss-Ski m’ont finalement garanti un soutien financier. Le Service de conseil pour la sécurité est donc venu à la vie au début de la saison 2010/2011. À partir de là, les contrôles des pistes sont devenus une obligation pour tous les membres de RMS, alors qu’auparavant seuls environ 80 % des kilomètres de pistes suisses étaient contrôlés, et ce sur une base volontaire. Des juristes de renom ont également observé qu’une telle obligation au sein de l’association importait pour bénéficier du poids suffisant sur le plan légal. Enfin, depuis 2013, le service de conseil effectue également des contrôles pour les activités d’été.

Les directives de RMS, ou l’obligation d’assurer la sécurité sur les descentes pour sports de neige, sont considérées comme du «droit mou». Pourquoi n’avons-nous pas de «vraie» loi?
Je pense que ces règles qui ne viennent pas d’autorités étatiques sont idéales pour la branche des remontées mécaniques. Dans notre travail, la nature joue un très grand rôle, mais la nature est capricieuse. Une loi trop carrée apporte peu. Notre travail dépend de trop nombreux facteurs non mesurables: la neige, le vent, les conditions météo en général et le terrain. Contrairement au domaine technique, nous n’avons pas une norme pour chaque situation météorologique comme les mécatroniciens l’ont pour serrer une vis.

Comment s’est passée la collaboration avec les juristes?
Venant du terrain, j’ai tout de suite été bien accepté dans les organes d’experts. Les juristes ont constaté que l’obligation d’assurer la sécurité fonctionnait. Aujourd’hui, les tribunaux suisses jusqu’au Tribunal fédéral s’appuient sur ce texte pour prendre leurs décisions.

Ta fonction t’a mené à échanger avec des responsables du SPS d’autres pays alpins. À quoi ressemblent leurs standards de sécurité?
Ils sont très semblables aux nôtres. Les autres pays alpins ont la même vision de la sécurité que la Suisse. Mes visites m’ont toutefois montré que notre pays était très bien organisé.

Qu’est-ce qui a changé dans le quotidien des patrouilleurs depuis les années 1980?
La numérisation a simplifié et professionnalisé le travail. Grâce aux smartphones, l’alerte est très vite donnée et la localisation GPS évite souvent des heures de recherche d’une personne disparue. Avant les téléphones portables, quinze personnes pouvaient rapidement être considérées comme disparues dans «mon» domaine skiable par un jour de beau temps, la plupart réapparaissant saines et sauves. L’évacuation des blessés a aussi changé dans certaines stations. Quand leur état le permet, les personnes sont aujourd’hui fréquemment évacuées avec une motoneige plutôt qu’avec une luge.

D’autres choses ont-elles évolué? Voit-on d’autres types de blessures qu’à l’époque?
Le passage du balisage en milieu de piste au balisage des deux côtés de la piste, entamé il y a vingt ans par les premiers domaines, a pour sûr été un cap. La nouvelle méthode s’est depuis imposée et est devenue le standard partout en Suisse.
Concernant les blessures, on voit aujourd’hui plutôt rarement la fracture de la jambe classique il y a quelques années (fracture juste au-dessus de la chaussure de ski). En raison des nouveaux matériaux des skis et chaussures, 35 % des blessures de nos jours touchent le genou. De plus, l’équipement et les meilleures conditions des pistes permettent des vitesses bien plus élevées, qui donnent lieu à des blessures tendanciellement plus graves. En revanche, le nombre de blessés relativement au nombre d’usagers a baissé.

Quels souvenirs t’ont particulièrement marqué?
Un jour, mon équipe et moi avions réanimé un patient après un arrêt cardiaque. Une année plus tard, ce monsieur est venu nous remercier, en pleine forme, et nous a donné un pourboire. Ce sont les bons souvenirs. Malheureusement, il y a aussi les moins heureux (il se tait un instant). En 1989, ma famille et moi étions réunis autour du sapin de Noël. J’ai été appelé pour rechercher un petit garçon de neuf ans qui avait disparu. Nous l’avons cherché jusqu’à trois heures du matin et l’avons finalement retrouvé sans vie. Il avait fait une chute. Cela fait maintenant trente ans et j’ai toujours du mal à en parler.

As-tu toi-même eu un ange gardien?
Oh oui, de nombreux. En tant que responsable avalanches, on en connaît un rayon sur la neige et ses propriétés. Et pourtant, malgré tout le savoir et l’expérience, on a parfois besoin d’un ange gardien. L’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) étudie le sujet depuis des décennies, mais ils n’ont toujours pas trouvé de recette miracle pour prévoir précisément les avalanches. En 1986, pendant ma première année en tant que responsable avalanches des Jungfraubahnen, une avalanche de neige mouillée a soulevé un train de la Wengernalpbahn et l’a renversé. Heureusement, aucun des 137 passagers n’a été blessé et l’enquête pénale contre moi a conclu que cette avalanche n’était, selon les experts du SLF, pas prévisible. En outre, quand je guide des clients en montagne, je fais face aux forces de la nature et je suis content qu’un ange gardien ait de temps à autre veillé sur moi.

Quelle est la plus grande fierté de ta carrière?
Que, lorsque j’étais responsable avalanches, j’aie réussi à ce qu’il n’y ait pas une victime, ni sur les pistes, ni sur les installations. Pour ce qui est du service de conseil de RMS, je suis heureux qu’il soit désormais si bien accepté dans la branche.

Tu as sûrement aussi vécu une ou l’autre déception.
Je retiens beaucoup de positif. Mais comme chacun à la fin de sa carrière professionnelle, j’ai aussi essuyé quelques échecs.

Que souhaites-tu au service de pistes et de sauvetage?
Je souhaite qu’il soit autant reconnu que le secteur technique, et ce dans toutes les entreprises de remontées mécaniques.

Et à la partie été?
Mon souhait serait que les entreprises comprennent davantage l’utilité et l’objectif des contrôles estivaux et donc que le label «Activités d’été homologuées» soit plus largement accepté.

Tu es à la retraite depuis peu. N’as-tu pas peur de «tomber dans un vide»?
Non, je chasse chaque automne, et je pars bientôt pour un long voyage en Asie. En outre, j’ai passablement à faire en tant que président des Guides de montagne de Berne. Au fil du temps, je me suis rendu compte à quel point mon brevet de guide avait été une pièce maîtresse de ma carrière. Maintenant que je ne travaille plus, j’aimerais donner quelque chose en retour à ce métier. De plus, j’ai récemment accepté de tester les domaines skiables pour Skiareatest International, ce qui me mènera surtout dans les stations des pays qui nous entourent.

Que voudrais-tu dire aux patrouilleurs qui débutent leur carrière?
Dès qu’un accident est annoncé, il y a une sorte d’effervescence. On ne sait souvent pas si la blessure est une petite égratignure ou si elle met la vie du patient en danger. Il est fondamental de garder son calme et de se fier à ce que l’on a appris.


Carrière professionnelle
1968 Apprentissage de mécanicien, Brown, Boveri & Cie Werk, Oerlikon (aujourd’hui ABB)
1976 Brevet de guide de montagne, avant cela déjà actif comme guide quatre à huit semaines par année
1977 à 1979 Mécanicien de locomotive, Jungfraubahn
Dès 1980 Patrouilleur, Petite Scheidegg
1986 à 2010 Chef du service de pistes et de sauvetage et responsable avalanches, Jungfraubahnen
1992 Diplôme fédéral de spécialiste du service de pistes et de sauvetage cours C
Dès 1992 Enseignant de la formation de patrouilleur, responsable du cours de minage avalanches et expert des homologations des pistes pour RMS
Dès 2012 Chef du service de conseil pour les activités d’été et expert de la sécurité des pistes, RMS


Commissions
Commission de la formation Service de pistes et de sauvetage, commission d’examen Explosifs neige et avalanches, expert aux examens de tous les cours SPS
2002 à 2010 Président de la commission des homologations SPS
Depuis 2001 Membre de la Commission suisse pour la prévention des accidents sur les descentes pour sports de neige (SKUS)
Depuis 2003 Membre de la commission des questions juridiques relatives aux descentes pour sports de neige de RMS

Bénévolat
1998 à 2009 Membre de la commission des dangers naturels des communes de Grindelwald et Lütschental
Depuis 2017 Président des Guides de montagne de Berne

Vie privée
Ueli Frutiger a grandi à Grindelwald et habite aujourd’hui à Lütschental bei Grindelwald. Il est marié, père de deux enfants et quatre fois grand-père.
Loisirs: la montagne, la chasse et voyager


Ueli Frutiger Rettungseinsatz LauberhornIntervention de sauvetage sur la piste du Lauberhorn avec le médecin urgentiste Bruno Durrer † (2002).